Dans le pot

Solvants et COV : ce que mesurent les grammes par litre et l'étiquette d'émissions

Dans le pot · · Publié le 2026-10-27

Pots de peinture métalliques vides et cabossés empilés après un chantier de rénovation
Pots de peinture vides après la rénovation d'un petit immeuble à Tokyo. Photographie de Syced, CC0. Illustration générale.

L'odeur d'une pièce fraîchement repeinte vient en grande partie des composés organiques volatils, les COV : solvants, agents de coalescence, résidus de fabrication qui s'évaporent pendant et après l'application. Deux règles différentes les encadrent. L'une, européenne, plafonne la quantité contenue dans le pot ; l'autre, française, classe ce que le produit émet dans l'air une fois sec. Les confondre est l'erreur la plus fréquente au rayon peinture.

Qu'est-ce qu'un COV ?

Les composés organiques volatils regroupent des substances chimiques à base de carbone qui s'évaporent facilement à température ambiante. L'Anses les cite parmi les principaux polluants de l'air intérieur et indique qu'on les retrouve notamment dans les peintures, vernis, colles, produits d'entretien et désodorisants. Certains sont irritants, d'autres, comme le formaldéhyde ou le benzène, peuvent provoquer des irritations, des allergies ou des cancers en cas d'exposition prolongée.

Dans une peinture, les COV ont plusieurs origines. Dans une peinture solvantée, le solvant lui-même (white-spirit, hydrocarbures, esters, cétones) représente une part importante du pot et doit s'évaporer en totalité. Dans une peinture à l'eau, l'eau est le diluant principal, mais la formule contient souvent des agents de coalescence et des glycols, en petite quantité, pour que le film se forme correctement ou pour retarder le séchage. À cela s'ajoutent des traces de monomères résiduels ou de conservateurs. Le rôle de ces constituants est détaillé dans notre article sur les liants.

La règle européenne : une teneur maximale dans le pot

La directive 2004/42/CE, dite « Decopaint », vise les peintures et vernis appliqués sur les bâtiments, leurs boiseries, ferronneries et accessoires, à des fins décoratives, fonctionnelles et de protection, ainsi que les produits de retouche automobile. Elle répartit ces produits en catégories (peintures mates pour murs et plafonds intérieurs, peintures brillantes, peintures de façade, laques et lasures, sous-couches, primaires fixateurs, revêtements bi-composants…) et fixe pour chacune une valeur limite de teneur en COV, en grammes par litre de produit prêt à l'emploi, distincte pour les produits en phase aqueuse et en phase solvant.

À titre d'exemple, pour les peintures mates intérieures pour murs et plafonds, la valeur de la seconde phase est de 30 g/l, en phase aqueuse comme en phase solvant ; pour les vernis et lasures, elle est de 130 g/l en phase aqueuse et de 400 g/l en phase solvant. Ces valeurs figurent à l'annexe II de la directive ; elles sont reprises ici d'après un tableau de synthèse publié par un laboratoire d'essais, et il faut se reporter au texte officiel pour un usage contractuel.

La directive impose aussi une information sur l'étiquette : la catégorie du produit, la valeur limite applicable et la teneur maximale en COV du produit prêt à l'emploi. C'est la mention du type « Valeur limite UE pour ce produit : … g/l. Ce produit contient au maximum … g/l de COV » que l'on lit au dos des pots. Un produit peut donc afficher une teneur très inférieure au plafond ; c'est un premier indice pour comparer deux peintures de même usage.

La règle française : ce qui s'échappe une fois sec

La teneur en g/l dit ce qu'il y a dans le pot, pas ce que l'on respire une semaine après. C'est l'objet de l'étiquetage des émissions en polluants volatils des produits de construction et de décoration, obligatoire en France. Selon le ministère de la Transition écologique, cette étiquette porte sur les émissions de COV une fois les produits étalés et secs, et non sur les polluants libérés à l'ouverture du pot ou pendant l'application ; elle intègre le formaldéhyde, les COV totaux et neuf autres substances, et classe le produit de A+ (très faibles émissions) à C (fortes émissions). Le fonctionnement complet de cette étiquette est expliqué dans notre article sur l'étiquette A+.

Teneur en COV (directive 2004/42/CE)Classe d'émissions A+ à C
OrigineUnion européenneFrance (code de l'environnement)
Ce qui est mesuréCOV contenus dans le produit prêt à l'emploiÉmissions dans l'air d'une pièce de référence, produit sec
UnitéGrammes par litreClasse, à partir de concentrations en µg/m³
EffetInterdiction de vente au-delà du plafondInformation du consommateur ; aucune classe n'est interdite

Pendant les travaux : l'aération reste la règle

Aucune des deux étiquettes ne décrit l'exposition pendant l'application, quand la concentration de solvants dans la pièce est la plus forte. Le ministère de la Transition écologique recommande d'aérer en ouvrant grand les fenêtres au moins 10 minutes par jour, et en particulier pendant les activités comme le bricolage. Pour un chantier de peinture, cela se traduit par quelques réflexes simples :

Les peintures solvantées restent autorisées et utiles pour certains usages (ferronneries, sols, bois extérieurs), mais elles émettent beaucoup plus pendant le séchage. Notre article peinture à l'eau ou glycéro compare les deux familles.

Sources

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