Peintures minérales : chaux, badigeon et silicate, pour quels murs ?

Avant les résines de synthèse, on peignait les murs avec de la chaux, et, depuis la fin du XIXe siècle, avec des silicates. Ces liants minéraux reviennent dans la rénovation du bâti ancien, parce qu'ils laissent les murs évacuer leur humidité et vieillissent sans s'écailler. Ils ont aussi leurs exigences : un support minéral, des conditions d'application précises et des précautions pour la peau et les yeux.
La chaux : un liant qui redevient calcaire
La chaux est obtenue en cuisant du calcaire, puis en hydratant la chaux vive ainsi produite : on obtient de l'hydroxyde de calcium, la chaux éteinte. Appliquée sur un mur, elle fixe peu à peu le gaz carbonique de l'air et redevient carbonate de calcium, c'est-à-dire du calcaire. Cette carbonatation est lente, se poursuit pendant des semaines, et a besoin d'un peu d'humidité : une chaux appliquée en plein soleil ou par grand vent sèche sans durcir et farine. Les chaux de construction sont classées par la norme NF EN 459-1, qui distingue notamment les chaux aériennes calciques (CL) et les chaux hydrauliques naturelles (NHL), ces dernières durcissant aussi au contact de l'eau.
On l'emploie sous deux formes. Le badigeon est un lait de chaux très dilué, parfois coloré de pigments minéraux, appliqué en plusieurs couches fines : il laisse transparaître le support et donne les aspects nuancés des façades anciennes. La peinture à la chaux, plus couvrante, contient des charges et souvent une faible part d'adjuvants organiques pour faciliter l'application. Dans les deux cas, la couche est très ouverte à la vapeur d'eau, légèrement poudreuse au toucher et naturellement peu propice aux moisissures en raison de son alcalinité.
Le silicate : un liant qui se soude au mur
Les peintures au silicate utilisent du silicate de potassium, parfois appelé verre soluble. Appliqué sur un support minéral, il réagit avec lui et avec le gaz carbonique pour former des composés siliceux insolubles : la peinture ne forme pas un film posé sur le mur, elle fait corps avec sa surface. On parle de silicification. Le résultat est une couche très dure, très perméable à la vapeur, ininflammable et stable aux UV, puisque les pigments utilisés sont minéraux.
Les peintures au silicate « pures », bi-composants, sont délicates à appliquer. La plupart des produits vendus aujourd'hui sont des peintures « silicate en dispersion », qui contiennent une petite part de liant organique pour faciliter l'application et l'accrochage ; les « sol-silicates » associent un gel de silice à du silicate et peuvent adhérer sur certains anciens fonds organiques. La proportion de liant organique, indiquée ou non selon les fabricants, détermine le caractère plus ou moins « minéral » du produit.
Pourquoi ils conviennent au bâti ancien
Un mur ancien en pierre, en brique, en pan de bois ou en terre n'a souvent ni coupure de capillarité ni pare-vapeur : il absorbe de l'eau du sol, de la pluie ou de l'air intérieur, et doit pouvoir la rendre. Une peinture qui forme un film fermé bloque cette évaporation ; l'eau s'accumule derrière, et la peinture cloque, l'enduit se dégrade ou des sels apparaissent. Les liants minéraux, très perméables à la vapeur, laissent le mur sécher. La norme NF EN 1062-1, qui classe les peintures de façade, mesure cette perméabilité par une épaisseur d'air équivalente (valeur Sd) : plus elle est faible, plus la peinture laisse passer la vapeur.
Ce n'est pas un remède contre l'humidité : un mur gorgé d'eau par une remontée capillaire ou une fuite doit d'abord être assaini. Mais sur un mur ancien sain, une peinture minérale évite d'enfermer l'humidité qu'il produit naturellement. Le diagnostic préalable est décrit dans notre article sur la façon de préparer un support.
Sur quels supports ils ne tiennent pas
| Support | Chaux | Silicate |
|---|---|---|
| Enduit à la chaux, pierre calcaire, brique | Oui | Oui, sur support propre et cohésif |
| Enduit ciment, béton | Possible, adhérence plus faible | Oui |
| Plâtre | Avec précautions, selon les fabricants | Non, sauf impression spécifique |
| Ancienne peinture acrylique ou glycéro | Non | Non (sauf certains sol-silicates) |
| Bois, métal, PVC | Non | Non |
Sur un mur déjà couvert d'une peinture organique, il faut décaper jusqu'au support minéral ou renoncer à la peinture minérale. Les fixateurs et impressions utilisés doivent eux aussi être minéraux ou compatibles : notre article sur les sous-couches rappelle pourquoi un fixateur trop fermant annule l'intérêt d'une finition respirante.
Appliquer : conditions et précautions
- Humidifier le support avant le badigeon de chaux, et travailler par temps couvert, ni gel ni plein soleil.
- Couches fines : plusieurs passes minces valent mieux qu'une couche épaisse, qui farine ou faïence.
- Protéger les vitres, la pierre de taille, les métaux et les plantes : le silicate grave le verre, et la chaux tache.
- Se protéger : la chaux et les silicates sont alcalins, irritants pour la peau et dangereux pour les yeux ; lunettes étanches et gants sont indispensables, et l'étiquette de danger précise les risques.
- Accepter l'aspect : nuances, transparences et légère matité font partie du rendu ; un badigeon n'aura jamais l'uniformité d'une peinture acrylique.
Les performances des peintures de façade minérales, comme celles des autres peintures, se comparent grâce aux classements normalisés présentés dans notre article sur les normes. En façade, le choix d'une teinte et d'un produit peut en outre être encadré par les règles d'urbanisme, notamment près des monuments historiques.
Sources
- NF EN 459-1, Chaux de construction — Partie 1 : définitions, spécifications et critères de conformité.
- NF EN 1062-1, Peintures et vernis — Produits de peinture et systèmes de revêtement pour maçonnerie et béton extérieurs — Partie 1 : classification ; NF EN ISO 7783 (perméabilité à la vapeur d'eau).
- Règlement (CE) n° 1272/2008 (CLP) : classification harmonisée de l'hydroxyde de calcium, EUR-Lex.
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